Prospective : acteurs, ensemble, de notre futur

Publié le 29/06/2016 à 14H27 (mis à jour le 12/07/2016 à 14H27)
Contrairement aux démarches anglo-saxonnes, la prospective française n’a pas le but, encore moins la prétention, de prédire l’avenir. L'étude prospective menée par la CFDT Banques et assurances durant l'année 2015 s’efforce ainsi de décrire les futurs possibles, à partir de l’identification de dynamiques et de tendances lourdes ou en germe impactant notre environnement, ainsi que des ruptures susceptibles d’intervenir.

Dans cette étude, nous avons élaboré six scénarios pour n’en retenir que trois, à la fois crédibles et dont les évolutions nécessitent pour la Fédération de s’y préparer. Nous présentons ainsi un scénario dit tendanciel, dans lequel notre environnement ne connaît pas de réelles ruptures. À contrario, le scénario « vert » s’appuie notamment sur une transition énergétique volontaire et une relance marquée de la construction européenne, alors que le scénario « noir » nous replonge dans un contexte de crise financière mondiale.

Les trois scénarios retenus

Scénario tendanciel : le difficile maintien d’un modèle économique et social à bout de souffle

En 2025, alors que la croissance mondiale ralentit, la France connaît une légère reprise économique sur fond de sortie de crise. Le taux de chômage s’est stabilisé, tout comme les dépenses de protection sociale, mais au prix d’une augmentation de la précarité. Au nom d’une flexibilité accrue, le travail se déplace hors du cadre de l’entreprise traditionnelle. Il provoque une augmentation des risques psychosociaux, car il envahit la sphère privée et isole les individus. Dans ce contexte, le secteur financier est sous tension. Les clients se tournent davantage vers les marchés financiers. Les banques et assurances, moins contributives au financement de l’économie, s’adaptent et résistent en se concentrant et en diminuant leur réseau. Les conséquences sur l’emploi, aggravées au fur et à mesure de la montée en puissance d’Internet, sont amorties par le non-remplacement d’une partie des départs en retraite. Enfin, la société se transforme également, avec la montée de l’individualisme et du communautarisme dans un contexte de défiance envers les institutions. Parmi elles, le syndicalisme, en France comme en Europe, subit ces évolutions de plein fouet et n’arrive plus à se renouveler ni à mobiliser, ce qui affaiblit le dialogue social.

 

Scénario vert de croissance : prise de conscience dans un monde qui bouge

En 2025, la transition énergétique est au centre de la croissance et permet une reprise économique mondiale qui favorise à son tour les investissements verts et constitue ainsi un cercle vertueux. Profitant de ce climat favorable, la construction européenne est relancée et l’Union européenne se tourne vers un modèle davantage fédéral. En effet, les états membres harmonisent leurs politiques fiscales, la zone se dote de marchés bancaire et financier plus intégrés et s’essaie même à réglementer les relations de travail. De plus, une Europe sociale où le syndicalisme se développe voit le jour grâce à un dialogue social
européen relancé. En France, le modèle social est préservé et le chôLe difficile maintien d’un modèle économique et social à bout de soufflemage est en net recul dans un marché du travail plus égalitaire et où les partenaires sociaux ont repris la parole, principalement à l’échelon local. Le pays conserve cependant de fortes inégalités. Bien qu’une partie de la population prône des valeurs d’éthique et de partage, une autre est constituée d’individus isolés à la recherche de la satisfaction de leurs intérêts personnels, dans une société toute connectée et bouleversée par la révolution digitale. Les organisations sont également affectées par ce phénomène. Dans le secteur Banques et Assurances, les entreprises se concentrent, le réseau physique est en forte diminution et les salariés sont fortement impactés. Cependant, le secteur bénéficie également de relais de croissance à travers des partenariats avec les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon et autres acteurs majeurs de l’industrie et de l’innovation numériques) et l’économie de partage.

 

Scénario noir de crise : une économie ultralibérale sur fond de crise, à la fois économique et syndicale

En 2025, face à la nouvelle crise économique mondiale, l’Union européenne adopte une politique davantage libérale, avec un relâchement de la règlementation et un désengagement de ses politiques sociales. De même, mauvaises performances économiques et montée du chômage contraignent la France à flexibiliser son marché du travail et à se désengager en matière de protection sociale. Elle bascule la plupart de ses prestations dans une logique assurantielle, ce qui provoque un accroissement de la pauvreté et des inégalités dans une société qui n’a pas su digérer la révolution digitale. Banques et assurances sont également lourdement impactées par le numérique, puisque la quasi-totalité de la distribution s’effectue désormais par Internet. Pour concurrencer les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon et autres acteurs majeurs de l’industrie et de l’innovation numériques), l’offre de produits suit dorénavant une logique « low cost ». Seules quelques agences demeurent dans les villes et offrent des produits personnalisés à une clientèle restreinte. Les effectifs ont ainsi fortement diminué et le salariat est en net recul, banques et assurances se recentrant sur leur cœur de métier, en externalisant toutes leurs tâches annexes. Les conséquences sociales sont lourdes, dans un contexte de défiance envers les institutions et de montée de l’individualisme qui pointe l’échec d’un syndicalisme affaibli.