Table ronde prospective : numérique, travail et dialogue social

Publié le 08/07/2016 à 15H59
La Fédération CFDT des Banques et Assurances a mené durant une année un projet de prospective dans l’objectif d’identifier les changements profonds que connaît notre environnement et d’anticiper ceux à venir. A l’occasion de la clôture de ses travaux, elle a organisé une table ronde le 17 mars dernier au Conservatoire national des arts et métiers. Extraits choisis.

Dans l’étude prospective réalisée par la Fédération Banques et Assurances, la question du numérique et de ses impacts est revenue de manière récurrente dans les différents scénarios élaborés. C’est la raison pour laquelle la Fédération a souhaité poursuivre la réflexion autour de la thématique de l’évolution du travail et du dialogue social à travers le prisme du développement technologique.Ont répondu présents pour échanger sur le sujet : Laurent Berger, Secrétaire général de la CFDT, François Pérol, Président de BPCE, Amandine Brugière, Chef de projet « Digiwork », Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), Vincent Mandinaud, Chef de projet « Transition numérique et conditions de travail », ANACT (Agence nationale d’amélioration des conditions de travail) et Nathalie Andrieux, Conseil National du Numérique, membre du Conseil de surveillance et du Comité d’audit de Lagardère SCA.

Dans l’étude prospective réalisée par la Fédération Banques et Assurances, la question du numérique et de ses impacts est revenue de manière récurrente dans les différents scénarios élaborés. C’est la raison pour laquelle la Fédération a souhaité poursuivre la réflexion autour de la thématique de l’évolution du travail et du dialogue social à travers le prisme du développement technologique.Ont répondu présents pour échanger sur le sujet : Laurent Berger, Secrétaire général de la CFDT, François Pérol, Président de BPCE, Amandine Brugière, Chef de projet « Digiwork », Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), Vincent Mandinaud, Chef de projet « Transition numérique et conditions de travail », ANACT (Agence nationale d’amélioration des conditions de travail) et Nathalie Andrieux, Conseil National du Numérique, membre du Conseil de surveillance et du Comité d’audit de Lagardère SCA.

L’emploi et le numérique

L’une des grandes questions que pose le développement du numérique est celle de l’emploi. Entraînera-t-il à terme plus de créations que de destructions de postes ? Certains rapports avancent que 67 % des emplois pourraient être détruits dans dix ans tandis que d’autres annoncent que 50 % des emplois de demain ne sont pas connus aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, ces derniers ne feront pas appel aux mêmes formations, aux mêmes compétences ni peut-être aux mêmes salariés. Pour Nathalie Andrieux, qui a coordonné le rapport du Conseil national du numérique « Emploi, numérique et nouvelles trajectoires » : « nous sommes dans un monde dans lequel l’évolution est extrêmement rapide et inconnue. Et au-delà des mutations technologiques que nous vivons aujourd’hui : « nous ne sommes qu’à l’aube d’une révolution sans commune mesure avec tout ce que l’on a vécu. ».  

Numérique et conditions de travail

De fait, l’émergence du numérique impacte l’individu au sens large, son environnement et ses habitudes. Pour Amandine Brugière, « ce qui change avec le numérique, c’est que les outils avec lesquels on travaille et à partir desquels on gère notre vie participent à brouiller les frontières entre les différents temps sociaux. On emporte notre vie associative, militante… au travail, de même que l’on ramène le travail à domicile, et ce d’autant que nous gérons l’ensemble de ces activités à partir des mêmes réseaux ». Un constat qui amène Vincent Mandinaud, Chef du projet « Transition numérique et conditions de travail » de l’ANACT, a ajouté que « ce phénomène d’éclatement des unités de lieu, de temps et d’action entraîne une porosité des frontières qui sont parfois mal maîtrisées. Le numérique peut donc aussi se traduire par une démultiplication des risques psychosociaux. » Par ailleurs, si la dématérialisation a participé à compartimenter le travail, à le rationaliser et à l’optimiser, le numérique a aussi engendré une montée en puissance des activités et participé à ce que l’on confie à des travailleurs des micro-tâches avec des effets qui ne sont pas les mêmes sur tous selon Amandine Brugière : « si certains y voient la possibilité d’une personnalisation, d’autres y voient une perte de sens dans leur travail. ». De même, si les technologies de l’information et de la communication sont censées faciliter le travail, les salariés ont parfois le sentiment qu’elles l’alourdissent. Vincent Mandinaud rappelle que « lorsque l’on évoque l’introduction du numérique, ce qui revient le plus souvent est le déluge de mails auxquels les salariés sont confrontés. ». Cela pose la question de la rationalisation du travail : « la révolution numérique n’est pas seulement technologique, elle doit s’inscrire dans des schémas gestionnaires, managériaux et organisationnels et les technologies servent ces schémas-là ».

Numérique, entreprise et modèles économiques

Dans les entreprises du secteur banques et assurances, le numérique  est devenu un enjeu prioritaire. Son émergence a bougé les lignes en profondeur aussi bien en termes d’organisation, de processus, de réseaux de distribution ou encore de compétences. Pour François Pérol, Président de BPCE, « la révolution numérique est la priorité qui l’emporte sur toutes les autres dans son groupe et pour plusieurs années. Il s’agit du vecteur de transformation le plus puissant dans nos métiers. ». Les clients eux aussi évoluent dans leur comportement et de manière radicale. Ils ont aujourd’hui de nouvelles attentes et d’autres exigences. « Si nous ne nous transformons pas, les clients se verront offrir par d’autres l’expérience qu’ils attendent, nous devons donc nous doter aujourd’hui de capacités digitales puissantes pour répondre demain aux attentes de nos clients. ». Et pour ce qui concerne la place des salariés dans ces transformations : « Il s’agit d’un défi énorme pour le management puisque cela nous oblige à penser autrement. Mais je suis convaincu que plus nous exprimons une ambition forte dans le digital, plus nous sommes susceptibles d’emmener les salariés même si évidemment ces mutations auront des conséquences en termes d’emploi, de compétences, de formation et d’évolution d’un métier vers un autre.

Numérique, organisations syndicales et dialogue social

Les transformations liées au numérique sont multiples, et bousculent à la fois les repères des travailleurs mais aussi ceux des organisations syndicales. À la question : comment la CFDT appréhende-t-elle ce bouleversement ? Laurent Berger, Secrétaire général de la CFDT répond « il s’agit de comprendre si les transformations représentent une opportunité ou une menace. En réalité, cela dépendra surtout de ce que nous en ferons ». Et d’ajouter « il paraît déterminant de redéfinir le modèle économique et social que l’on souhaite bâtir. Nous devons comprendre les transformations et les affronter pour continuer à construire de la performance économique et de la performance sociale. La priorité pour la CFDT est d’accompagner les salariés dans ces changements et plus largement les travailleurs dans leur parcours professionnel en termes de protection sociale, de formation… de poursuivre dans la construction d’un droit attaché à l’individu et moins au statut… ». Dans une période d’incertitude, de grands changements et de défiance envers les institutions, le dialogue social doit aussi prendre toute sa dimension. A ce titre, Laurent Berger a notamment insisté sur la nécessité d’associer les représentants du personnel à la stratégie de l’entreprise : « il faut faire vivre le dialogue social à tous les étages, le dialogue sur la stratégie d’entreprise est absolument déterminant. La stratégie doit se concevoir dans un cadre de délibération et de construction commune. »